6 avril 1984 : Quand les ‘’vainqueurs’’ dictaient leur loi au Cameroun

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Les procès du coup d’Etat manqué du 6 avril 1984 au Cameroun, quand ils avaient lieu, se déroulaient en droite ligne des orientations fixées par l’armée.

Par L’Œil du Sahel

En rappelant dans son message à la nation, le 10 avril 1984, qu’il n’y avait pas «deux Cameroun», le chef de l’Etat Paul Biya essayait, tant bien que mal, de refréner les ardeurs de ses partisans, lancés aveuglément dans une chasse aux Nordistes. Ceux-ci, il est vrai, avaient déjà été condamnés avant l’heure par le ministre des Forces armées d’alors, feu Gilbert Andzé Tsoungui. «Les forces ayant participé au rétablissement de la situation comprenaient les Camerounais de toutes les origines, sans distinction d’appartenance ethnique, régionale ou religieuse. La responsabilité du coup d’Etat manqué est celle d’une minorité d’ambitieux assoiffés de pouvoir et non celle de telle ou telle province, encore moins celle des Camerounais de telle ou telle religion», essayait de tempérer le président de la République.

Qui se souviendra de cette mise en garde du chef de l’Etat lors des procès organisés à la suite de cet évènement malheureux ? Qui se souviendra même que des lois étaient encore en vigueur dans le pays ? Qui s’intéressera à garantir le minimum de droits aux «vaincus» ? Le Président avait certes parlé, mais n’avait pas été entendu. Qui pis est, le vent qui soufflait en ce moment sur le pays dégageant son parfum de règlement de comptes que les exécutants maquillaient en opération de «ratissage», balayait tout sur son passage.

Procès

Les tribunaux militaires, pour ne pas parler du Haut commandement de l’armée qui chapeautait les procès, avaient mis entre parenthèses plusieurs dispositions de la loi en vigueur à l’époque, notamment celles qui disposaient que toute condamnation à mort était soumise à l’appréciation du président de la République en vue de l’exercice de son droit de grâce (article 22 du Code pénal) ; et que tant que celui-ci n’avait pas statué, aucune peine ne pouvait être mise en exécution (alinéa 2). Mieux, la moindre exécution ne pouvait avoir lieu les dimanches et jours fériés (alinéa 4). Va pour le droit.

Pourtant, après les audiences qui se terminaient généralement tard dans la nuit, les exécutions suivaient immédiatement, sans que le chef de l’Etat soit saisi pour exercer son droit de grâce. Ainsi, à Mbalmayo, à peine l’audience marathon du 30 avril terminée vers 23h, les condamnés à mort furent passés par les armes au petit matin du 1er mai. Que ce jour fut un dimanche, de surcroît jour férié, ne dérangea personne… Autre date judiciaire marquante de ces procès : l’exécution à Mfou, le 1er mai, du lieutenant Oumarou Yorongué. L’officier fut fusillé, sans avoir été pour le moins du monde jugé. On avait tout simplement oublié de le faire. L’armée réparera la faute en 1989, en organisant en catimini un procès dont la sentence avait déjà été appliquée 05 ans plus tôt.

Des 53 condamnés à mort des procès de Mbalmayo, Mfou et Yaoundé, seul l’homme d’affaires Hamadou Adji et le capitaine Guerandi Mbara échapperont à la mort, parce qu’ayant pris la fuite. Le lieutenant Garba, introuvable au moment de sa condamnation, sera arrêté en 1985 et passé immédiatement par les armes. Quatre condamnations à vie ont aussi été prononcées, respectivement contre le capitaine Madam Dogo, les gendarmes Harouna Wali, Kidmo Koskréo et l’inspecteur de police Boubakari Bello. En 1991, au moment de leur remise en liberté, le capitaine Madam Dogo manquait à l’appel. Il avait trouvé la mort le 03 décembre 1989. Mort tout simplement de faim.

Neuf personnes furent condamnées à 20 ans d’emprisonnement, dont le commandant Mohamadou Abdoulaye Massa, ex-patron de la Sécurité militaire. A son sujet, un des juges du tribunal militaire déclarera longtemps après que sa condamnation à cette lourde peine était le salaire maximum qu’il pouvait payer à la vérité, sa hiérarchie ayant réclamé la peine de mort pour lui. Dans le même contingent des condamnés à 20 ans de prison ferme, figuraient également Souley Adoum, employé à l’Office national de commercialisation des produits de base (Oncpb) et frère d’Issa Adoum, «cerveau du putsch», et Mme Haoua Alim Konaté, épouse d’un ancien ambassadeur du Cameroun en Arabie saoudite. Pour sa part, l’ex gouverneur devenu écrivain, Hamadou Malloum, écopera de 15 ans d’emprisonnement. Une peine infligée à huit autres compagnons d’infortune dont Mahamat Moussa, ancien chauffeur du président Ahmadou Ahidjo.

Quarante-deux personnes furent ainsi condamnées à dix années de prison ; cent neuf à cinq ans d’emprisonnement dont le magistrat Abdoulaye Mazou, Issa Bakari, ex-délégué général à la gendarmerie nationale, le colonel Ngoura Beladji, ex-commandant du Quartier général et ex-patron de la région militaire de Yaoundé et le colonel Ousmanou Daouda, ex-directeur du cabinet militaire d’Ahidjo et ex-chef d’état-major particulier du président Paul Biya. Ibrahim Ndiaye, ancien chef du secrétariat particulier du ministre Aminou Oumarou et une dénommée Adama Adda Garoua, ménagère à Ngaoundéré, écopèrent eux de trois années de prison. Neuf personnes furent condamnées à deux années de prison, le gardien de la paix Gara Justin à 18 mois, et quatre autres à un an. L’actuel ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, fut acquitté à la barre tout comme Garga Haman Adji et quelques autres. Mais il sera cependant écroué.

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