Cameroun – Covid-19: Le Dr Georges Alain Etoundi Mballa sur la sellette

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Le Coordonnateur du Cousp est tenu pour principal responsable dans cette crise.

Par L’œil du Sahel

Générique de fin pour ce film dont la trame se joue depuis plus d’un mois au Centre des urgences ? Difficile à dire. Depuis le 3 mai dernier, le nouvel épisode en tournage met en scène un nouvel acteur au cœur du scénario : le Dr Georges Alain Etoundi Mballa. Alors que le Centre national des Opérations d’Urgences de santé publique (Cousp) était en ébullition, son absence n’est pas passée inaperçue les 2 et 3 mai 2020.

Le Coordonnateur de ce Centre est pourtant l’une des figures de proue de la lutte contre l’épidémie à Coronavirus au Cameroun. Même si le Directeur de la promotion de la Santé, le Dr Fanne Mahamat semble empiéter sur ses plates-bandes, l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique classe ce pneumologue camerounais parmi «Les grandes figures de la riposte au Coronavirus en Afrique». Seulement, depuis quelques jours, l’indéboulonnable Directeur de la lutte contre la Maladie, les Épidémies et Pandémies (Dlmep) au ministère de la Santé publique (Minsanté) est sur la sellette.

Au Minsanté, l’originaire de Mvengue est accusé d’être le principal responsable dans la crise occasionnée par les retards de paiement des primes de transport (10 000 FCFA par jour) aux personnels de santé et aux volontaires commis à la riposte contre la pandémie du coronavirus. Cette crise qui a fini par occasionner un mouvement de grève le weekend dernier à Yaoundé, embarrasse le gouvernement camerounais et surtout, le ministre de la Santé publique. En effet, cette affaire révèle des faiblesses de gouvernance dans la prise en charge des personnels impliqués dans la lutte contre la COVID-19 au Cameroun.

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ ?

Les retards de paiement des primes de transport dont le montant journalier est de 10 000 FCFA, sont observés depuis que la gestion des ressources destinées à cette dépense font l’objet d’un audit commandé par le Minsanté. «Ces dépenses ont été suspendues à titre conservatoire afin de permettre au ministre de voir clair sur les irrégularités constatées d’une part, dans l’évolution des effectifs des personnels et volontaires recrutés, et d’autre part sur les sommes sollicitées pour cette prise en charge», confie une source proche du dossier.

RECRUTEMENTS… FICTIFS

De sources concordantes, les auditeurs ont rendu leur copie. Le document d’une trentaine de pages semble épingler la gestion de l’ancien Directeur du Samu. Selon ce document, l’effectif officiel des recrutements au Cousp dans le cadre de la réponse à la COVID-19 est de 600 personnes. Mais, seules 230 personnes (issues du Système de Gestion de l’Incident Covid-19 au Cameroun) sont effectivement déployées sur le terrain pour les différentes opérations requises. L’enquête soupçonne ainsi 370 recrutements d’être «fictifs». Nos sources internes au Minsanté susurrent que ces noms étaient issus de la Dlemp, de la Croix rouge camerounaise, de d’autres directions du Minsanté comme la Direction de la promotion de la Santé. «C’est vrai qu’on a remarqué à un moment donné que les effectifs augmentaient mais c’est normal. L’épidémie est croissante. Donc il faut plus de ressources humaines», explique l’un des responsables du Centre des urgences.

SOUPÇON DE DÉTOURNEMENT

Cette évolution des recrutements a par ailleurs entraîné une hausse des dépenses liées à la prise en charge du personnel. Partie de 14 millions de FCFA pour la première semaine, cette enveloppe est passée à 17 millions de FCFA à la deuxième semaine, puis à 27 millions pour la 3e semaine, pour finir à la somme de 37 millions FCFA à la quatrième semaine. Dans l’entourage du Minsanté, certains responsables trouvent cette augmentation «suspecte». D’autres enfoncent le clou et soupçonnent une manœuvre visant à distraire les fonds par le truchement des recrutements des personnels «fictifs». Certaines sources évoquent des complicités à au sein des cinq unités de la section Administration et Finances.

CONTRE-ATTAQUE

Contacté, le Dr Etoundi Mballa n’a pas souhaité répondre à ces accusations. «Je n’ai rien à dire», at-il répondu. Mais pour bon nombre de ses collaborateurs, ces accusations sont invraisemblables. «On ne peut pas avec certitude dire que c’est lui qui est responsable de cette crise», avance l’un d’eux. Pour ce médecin «Le directeur est l’incident manager. C’est celui qui a pour objectif de résoudre les incidents dans les meilleurs délais. Comment peut-il encore être à l’origine de cet incident ?», s’interroge-t-il. Circonspect. Et ce dernier d’expliquer : «Au contraire, il a monté tout ce projet. Tout le monde a vu comment il a mouillé le maillot pour que ce plan de riposte marche».

Toutes choses qui font dire à un autre que : « C’est juste un bouc-émissaire. Ayant atteint l’âge limite de départ à la retraite, on a juste trouvé un moyen de se débarrasser de lui. Il ne peut pas être celui qui a ajouté ces noms». D’après les arguments de ce médecin en service au sein de l’administration centrale, c’est une chaine commise à ce travail qui se fait en amont. Tout ajout de nom ne peut provenir que de ce travail à la base. Celle-ci soumet la liste finale à la hiérarchie pour signature. En d’autres termes, «C’est cette chaine qui a failli. Et s’il y a quelqu’un à blâmer, c’est le ministre en personne», soutient ce dernier.

RESCAPÉ

Quoi qu’il en soit, le Dr George Alain Etoundi Mballa semble, aujourd’hui plus qu’hier, dans l’inconfort au Minsanté. Nommé Dlmep en 2012, il est l’un des trois directeurs qui ont pu sauvegarder leur fauteuil lors du vaste mouvement du personnel effectué le 14 mai 2019, au sein de l’administration centrale. C’était quatre mois après l’arrivée de Manaouda

Malachie à la tête de ce «grand ministère». A l’issue de ce mouvement, sept directions sur les 10 avaient vu l’arrivée de nouveaux directeurs à leur tête. Outre la Direction de la lutte contre la Maladie, les Épidémies et

Pandémies (Dlmep), seules la Direction des Ressources financières et du Patrimoine, et la Direction de la Santé familiale avaient été épargnées.

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