Cameroun – Crise anglophone : Les secrets de la mission de l’envoyé spécial du Pape François au Cameroun

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Le secrétaire d’État du Saint-Siège est arrivé à Yaoundé hier, 28 janvier. Au cours de son séjour qui prend fin le 03 février, le cardinal italien rencontrera les autorités camerounaises après avoir imposé le pallium à l’archevêque de Bamenda.

Par Essingan

L’agenda officiel de la visite au Cameroun, du secrétaire d’Etat du Vatican, Mgr Pietro Parolin s’annonce bien chargé. Il est prévu une rencontre avec le chef de l’Etat, Paul Biya. La date de cette audience n’est, pour le moment, pas dévoilée. Toujours est-il que dans la matinée de ce vendredi 29 janvier, Mgr Pietro Parolin va s’entretenir avec les évêques du Cameroun. Cette session est prévue à la salle des actes de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenc). Le lendemain 30 janvier, le cardinal Parolin va célébrer une messe pontificale dès 09h, en la basilique Marie Reine des Apôtres de Mvolye à Yaoundé. Dimanche, 31 janvier à Bamenda, le secrétaire d’Etat du Pape François procèdera en la cathédrale Saint Joseph, à l’imposition du pallium à l’archevêque de Bamenda Mgr Andrew Nkea Fuanya. De retour à Yaoundé, Mgr Parolin qu’accompagne Mgr Ivan Santus, officiel de la section des relations avec les États de la secrétairerie d’État, présidera une autre eucharistie à l’intention des religieux et religieuse en la cathédrale Notre Dame des Victoires.

Il est également prévu la visite du foyer de l’Espérance à Yaoundé, un centre fondé il y a quarante ans par le père jésuite Yves Lescanne pour accompagner les enfants des rues et les jeunes prisonniers. Mais la crise anglophone qui sévit dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest depuis octobre 2017, est dans toutes les têtes. Car, cette question plus d’une fois été abordée par le chef de l’Etat du Cameroun, Paul Biya et le pape François qui le 1er janvier 2021, à l’occasion de la 54e journée mondiale de la paix, a rendu public un message intitulé «La culture de l’attention comme chemin vers la paix».

Compassion et réconciliation

«Cet engagement commun, solidaire et participatif pour protéger et promouvoir la dignité et le bien de tous, à s’intéresser, à prêter attention, à la compassion, à la réconciliation et à la guérison, au respect mutuel et à l’accueil réciproque », écrivait le St père avec une pensée pour le Cameroun. Le voyage en terre camerounaise de l’un de ses plus proches, dont les missions de cette nature sont rares, témoigne, s’il en est que François s’implique à sa manière dans la résolution de la crise anglophone. Il entend montrer, une fois de plus et dans le contexte de l’urgence humanitaire actuelle causée par le Coronavirus, l’attention de l’Église et du Saint-Père pour le continent africain, «une terre riche en humanité mais marquée par de nombreuses souffrances.

En outre, ce voyage veut être un signe concret de la détermination du Pape sur la voie de la paix. En tout cas, sous anonymat, une source au sommet de la Cenc souligne que «le secrétaire d’Etat à la cité du Vatican, Pietro Cardinal Parolin, ne va pas à Bamenda uniquement pour remettre le Pallium à Mgr Andrew Nkea. Il y va pour apporter le soutien du pape aux victimes de la guerre. Mais aussi pour envisager indirectement avec les forces vives, les voies d’une médiation vaticane». Une perspective que ne démentent pas des officiels du Palais de l’Unité rencontrés à Yaoundé. Il n’a en tout cas, échappé à personne que le secrétaire général de la présidence de la République, le ministre d’Etat Ferdinand Ngoh Ngoh a personnellement représenté le chef de l’Etat, Paul Biya, lors du dernier séminaire annuel des évêques du Cameroun à Bafang du 09 au 16 janvier 2021. En marge de la messe de clôture de ce conclave, le président de la Cenc, Mgr Abraham Kome, s’est entretenu avec le représentant personnel du chef de l’Etat.

La présence de M. Ngoh Ngoh en la cathédrale Coeur immaculée Jésus de Banka, a nourri des commentaires. D’autant plus que souvent représenté à l’occasion de ces travaux, le chef de l’Etat n’y est invité de manière expresse que lors des «événements majeurs» comme c’est le cas avec la crise anglophone et le séjour au Cameroun de Mgr Parolin. Il faut également ainsi comprendre le propos de Mgr Abraham Kome à l’occasion. Lui qui, partant «des querelles familiales qui donnent toujours lieu à des réconciliations futures», a invité les Camerounais à ne pas laisser les querelles fragiliser ce que nous avons de plus cher, la paix. Le président de la Cenc a, ensuite, invité le peuple de Dieu présent et les Camerounais de tous bords à toujours donner une place au dialogue.

Le prélat regrettait que la vie soit de plus en plus banalisée dans notre pays. Avant lui, des prières avaient déjà été élevées afin que Dieu restaure la paix, notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest.

Mort tragique

C’est dont dans ce contexte doublé des lendemains de la mort tragique toujours non élucidée de l’ancien évêque de Bafia, Mgr Jean-Marie Benoît Bala, que se déroule le séjour au Cameroun de Mgr Pietro Parolin. Ces sujets pourraient être abordés avec le chef de l’Etat qui, il ne faut pas l’oublier, a adressé une invitation au pape François pour un voyage pontifical en terre camerounaise. En tout cas, certains voient à travers son envoyé spécial au Cameroun, un message pour la paix adressée aussi bien aux populations extrémistes, qu’aux autorités camerounaises. Un spécialiste rappelle que «les accords cadre entre le Cameroun et le Vatican ne permettent pas à Rome de prendre position contre les autorités du pays. L’Eglise avec sa diplomatie ne peut rien imposer à un Etat souverain.

Néanmoins, s’inspirant de l’encyclique du pape «Fratteiii tutti» du 03 octobre 2020, Pietro Cardinal Parolin pourra rappeler aux autorités la mission de l’Etat qui est celle d’être au service des populations et de la fraternité sociale ».

Le 30 décembre, le pape François nommait à la tête du diocèse de Bamenda, dans le Nord-ouest du Cameroun, Mgr Andrew Nkea Fuanya, jusqu’ici évêque de Mamfé dans le Sud-ouest. Il y remplaçait Mgr Cornelius Fontem Esua, 76 ans. Le nouvel archevêque de Bamenda, très engagé dans la résolution de la crise anglophone. «Certains évêques ont été conviés au grand dialogue national. J’y ai notamment participé et on a beaucoup parlé et fait des recommandations. Tout le monde attend maintenant la mise en œuvre.

Déjà, pendant le dialogue, il y a eu la libération de 333 prisonniers politiques. Mais beaucoup de gens attendent la libération de leaders séparatistes qui sont toujours en prison.

Après le dialogue national, le cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala, et moi-même, avons été invités à participer à une caravane de la paix dans le nord-ouest et le sud-ouest.» Autant de raisons pour raffermir et de donner un nouveau souffle aux relations entre le Vatican et le Cameroun.

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