Gabon : Ali Ben Bongo Ondimba est-il encore au pouvoir à Libreville ?

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Selon Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, le projet de réforme constitutionnelle a pour objectif de donner tous les pouvoirs à la Cour constitutionnelle.

Source : AFP / RFI

C’est une conséquence de la maladie qui a frappé Ali Bongo il y a deux ans. Désormais, en cas de vacances du pouvoir au Gabon, l’intérim du chef de l’État sera assuré par un triumvirat, composé des présidents des deux Chambres et du ministre de la Défense. C’est du moins le projet de révision constitutionnelle, qui a été présenté au Conseil des ministres, il y a une semaine. Mercredi 23 décembre, le porte-parole de la Présidence en a expliqué les enjeux. Réaction ce dimanche de l’opposant Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, du parti Union nationale et du collectif Appel à agir. Depuis Libreville, il répond à Christophe Boisbouvier de Radio France Internationale (Rfi) :

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, que vous inspire le projet de révision constitutionnelle ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : Deux choses. Sur la forme, déjà, quand le chef de l’État initie une révision constitutionnelle, qui plus est, qui touche à ses pouvoirs, la moindre des choses, c’est qu’il s’exprime devant la nation pour l’annoncer et pour la justifier. Là, on constate que monsieur Ali Bongo n’est même pas capable de cet exercice.

Ce qui nous amène au fond. Nous disons, depuis deux ans, que monsieur Ali Bongo n’est plus en capacité d’exercer la fonction de président de la République, du fait de l’accident vasculaire cérébral qu’il a eu. Et la révision constitutionnelle, qui, de notre point de vue, semble avoir été montée dans son dos, confirme le cynisme, en fait, des responsables de notre pays, qui nous annoncent là, qu’ils sont en train d’écarter monsieur Ali Bongo du pouvoir et de s’organiser pour conserver le pouvoir quand même.

Vous êtes inquiet pour la santé du chef de l’État, mais depuis la maladie qui l’a frappé il y a deux ans, il est quand même réapparu plusieurs fois en public et il s’est adressé à la nation gabonaise. Ne pensez-vous pas que c’était la meilleure occasion pour lui, ou du moins la plus importante, pour s’adresser à la nation gabonaise ? Mais il va peut-être parler à l’occasion du Nouvel An !

Oui… Oui, si on veut… Mais la santé de monsieur Ali Bongo est une préoccupation pour sa famille et pour les Gabonais. Et depuis deux ans, le pays est pris en otage, parce qu’ils ne veulent pas admettre que l’état de santé de monsieur Ali Bongo impose la vacance du pouvoir dans notre pays.

Sur cette question de l’intérim, en cas de vacance du pouvoir, qu’est-ce que vous pensez de ce nouveau collège de trois personnes qui pourraient être institué, à savoir les présidents des deux Chambres et le ministre de la Défense ?

Vous savez, la réalité, c’est que ce ne sont pas ces trois factotums qui vont gérer notre pays. C’est la Cour constitutionnelle, puisqu’en réalité, ce qui est dit dans la modification constitutionnelle, c’est que toutes les décisions qui seront prises par ce triumvirat, comme on l’appelle, devront être validées par la Cour constitutionnelle. Donc en réalité, l’intérimaire, pour ne pas dire le régent du Gabon, désormais, c’est la Cour constitutionnelle. Et l’intérimaire réelle, c’est madame Marie-Madeleine Mborantsuo.

La présidente de la Cour constitutionnelle… Cela dit, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, ce n’est pas la Cour constitutionnelle qui gouvernera au quotidien…

Nous sommes dans un jeu de pouvoir. Ceux qui gouverneront au quotidien sauront à l’avance que, si les décisions qu’ils prennent ne conviennent pas à la Cour, ces décisions ne seront pas validées par elle. Dès lors, en réalité, c’est la Cour qui dirigera. Ceux qui s’étonnent que le ministre de la Défense entre dans ce collège, la présidence réplique que la stabilité du pays sera l’un des enjeux majeurs en cas de vacance du pouvoir…

Moi, j’indique à la présidence de la République que c’est le révélateur du caractère de ce régime. Ils ont toujours pris le pouvoir par les armes et aujourd’hui, ils le formalisent, en installant le ministre de la Défense dans une position hiérarchique au-dessus de son Premier ministre.

Vous dites que le pouvoir a été pris par les armes, mais il n’y a jamais eu de coup d’État militaire réussi dans votre pays…

Oh, vous savez… On ne va pas jouer avec les mots. En 2009, comme en 2016, ce sont deux acteurs qui ont permis à monsieur Ali Bongo de prendre le pouvoir et de conserver le pouvoir : l’armée et la Cour constitutionnelle.

En 2009 – le 3 septembre 2009 -, c’est l’armée qui charge monsieur Mamboundou et monsieur Mba Obame devant la Cité de la démocratie, avant même que le ministre de l’Intérieur n’annonce les résultats. En août 2016, l’épisode de l’attaque du QG de monsieur Jean Ping est encore dans toutes les mémoires.

Quand on parle de « militarisation du régime gabonais », la présidence réplique que ce ministre de la Défense, comme ses deux collègues présidents des deux Chambres, certes, ils assureront l’intérim, en cas de vacance du pouvoir, mais ils ne pourront pas se présenter à la présidentielle qui suit…

Oui, ils ne seront pas candidats, c’est sûr, mais ils tiennent le régime. Voyez-vous, en 2009, la Constitution gabonaise a été manipulée pour permettre à monsieur Ali Bongo de parvenir au pouvoir, par des gens qui ne pouvaient pas se présenter. Donc, au fond, ceux qui vont être dans le triumvirat seront au service de la conservation du pouvoir par le régime.

Et qui, à votre avis, dans l’entourage d’Ali Bongo, est à l’initiative de tout cela alors ?

Je ne sais pas qui, mais la présidente de la Cour constitutionnelle, de mon point de vue, est étroitement impliquée dans ce qui se fait.

Depuis qu’il a été nommé coordinateur des Affaires présidentielles, il y a un an, beaucoup prêtent à Noureddin Bongo, le fils d’Ali Bongo, des ambitions présidentielles. Est-ce que vous partagez ce point de vue ou pas ?

Oui, je pense qu’il ne faut douter de rien. Dans ce régime, la principale qualité, c’est d’être le fils du chef. Etant le fils du chef, je pense qu’il a toutes les qualités pour que ce régime lui propose d’être candidat à l’élection présidentielle. Je ne sais pas s’il en a envie, lui, mais en tout cas, pour les femmes et les hommes de ce régime, le meilleur candidat, c’est le fils.

Et si l’entourage d’Ali Bongo prépare son fils Noureddin Bongo au pouvoir, de quelle façon le projet de révision constitutionnelle qui vient d’être présenté s’inscrit dans ce schéma ?

Je pense que, déjà, le projet de révision constitutionnelle risque de conduire le Gabon, comme en 1965-1967, à une succession d’indisponibilités temporaires, qui feraient que monsieur Ali Bongo serait toujours considéré comme président de la République, chef de l’État – indisponible temporairement – et derrière, les acteurs du régime s’amuseront à s’installer. Mais, malheureusement pour eux, à la fin de toute cette histoire, il faudra bien aller à une élection présidentielle anticipée. Et là, ils vont devoir affronter le peuple gabonais.

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